Une sculpture dédiée à la tragédie des enfants juifs

Le dimanche 27 janvier dernier, la commune de Lontzen a inauguré – sous la pluie et en présence d’une foule importante – un monument dédié aux jeunes enfants juifs réfugiés en Belgique entre 1938 et 1939. Ce fait est relativement peu connu. Ce sont pourtant près de sept cent cinquante enfants de confession juive âgés de moins de 14 ans qui sont arrivés par trains entiers d’Allemagne et d’Autriche durant cette période trouble. Ces transports passaient par l’ancienne gare de Herbesthal, alors point-frontière mais aujourd’hui détruite. Voilà pourquoi deux anciens wagons à bestiaux symbolisant la déportation pendant le deuxième conflit mondial ont été installés là où se situaient les quais de l’ancienne installation ferroviaire. La date de l’inauguration n’a pas non plus été choisie par hasard car elle coïncide avec la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Rappelons que la funeste nuit de Cristal qui, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, a détruit synagogues et commerces juifs en plus de faire des centaines de victimes est considérée comme la première grande manifestation antisémite du régime nazi et comme prémisse de la « solution finale ». Suite à ces événements tragiques, le ministre belge de la Justice de l’époque, Joseph Pholien, devait déclarer le 22 novembre 1938 vouloir accueillir un groupe de d’enfants juifs en provenance d’Allemagne. Mais il a fallu attendre le 13 décembre 1938 pour voir le premier transport arriver à Bruxelles, en provenance de Cologne. Et ces jeunes enfants ont notamment transité par la gare d’Herbesthal, située sur du côté germanique de la frontière d’alors, face au territoire de la commune de Welkenraedt. Le dernier convoi est arrivé le 15 juin 1939. Jusqu’au début de la « drôle de guerre » deux mois plus tard, la Grande-Bretagne a ainsi permis à 10.000 enfants juifs d’accéder à son territoire via la Belgique. A cette époque, on estime également que 27.000 juifs se cachaient dans notre pays, réputé neutre face au conflit mondial en préparation.

Voilà ce que rappelle le monument inauguré, conçu et réalisé par l’artiste allemand Sebastian Schmidt. Lontzen est ainsi la sixième région en Europe à ériger un endroit commémoratif du genre après Londres, Prague, Berlin, Gdansk ainsi qu’une autre ville aux Pays-Bas. C’est ce qu’ont notamment rappelé lors de cette inauguration non seulement le nouveau bourgmestre de Lontzen, M. Patrick Thevissen, mais aussi l’Ambassadeur d’Allemagne en Belgique, M. Martin Kotthaus. Le moment de grande émotion est arrivé lors qu’Henri Roanne Rosenblatt a pris la parole à son tour. Il demeure l’un des rares rescapés de cette période encore vivant à notre époque : « J’avais 6 ans lorsque je suis arrivé ici le 7 mars 1939 à 17 h 50, en provenance de Vienne. J’étais donc parmi ces enfants qui, suite à la nuit de cristal, ont pu être évacués. On était cent trente-six entassés dans ce train numéro 146 à pouvoir atteindre Bruxelles. Les Belges ont d’abord été réticents puisque les premiers trains ont été refoulés. Il a fallu l’indignation de la population et des articles dans la presse pour que le gouvernement revienne sur sa décision et accueille finalement sept cent cinquante enfants. Certains ont ensuite été rattrapés par les nazis lors du déclenchement de la guerre. Moi, j’ai eu la chance d’être caché à Bruxelles par de braves gens auxquels je dois la vie ». Une situation que l’écrivain n’hésite pas à rapprocher de ce que vivent aujourd’hui bon nombre de réfugiés contemporains… F.H.