Montzen-gare s’est souvenu de la tragédie du 27 avril 1944

Importante commémoration que celle vécue en ce dernier samedi d’avril dans la petite localité de Montzen-gare bordant ce qui subsiste de l’ex-grande gare de triage, sur le territoire de la commune de Plombières. Point final d’un cortège au sein duquel fourmillaient de nombreux drapeaux tricolore, le monument commémorant la tragédie allait de nouveau devenir lieu de recueillement, en présence de nombreux habitants de l’endroit. Et l’intervenant de rappeler que la bombe « décorant » l’endroit fut récupérée intacte dans les gravats résultant de la destruction de dizaines de maisons sur le site. Mais qu’elle ne fut définitivement et totalement rendue inerte qu’en… 1968 seulement !

Très émue, la nouvelle bourgmestre de Plombières, Marie Stassen, allait ensuite souligner l’horreur des faits survenus 75 ans plus tôt. En effet, durant la nuit du 27 au 28 avril 1944, un bombardement allié tuait 76 personnes – dont des familles entières – à Montzen-Gare et blessait sérieusement plus de 150 victimes ! Pourtant à cet endroit, tout semble aujourd’hui si paisible, ordonné, soigné. « Pourquoi une action militaire aussi violente ? » peut-on légitimement se demander. Les historiens répondent. Car il faut savoir que depuis 1940, Montzen – comme neuf autres communes voisines – était alors annexée par l’Allemagne hitlérienne. La « nouvelle » et très temporaire frontière se situait à hauteur de Thimister. De plus, dans la perspective du débarquement de juin 1944 et de l’ouverture du fameux 2e front réclamé par les Soviétiques, les aviateurs britanniques se devaient de bombarder les nœuds de communication allemands de l’époque. La gare de triage de Montzen en faisait partie. Mais volant de nuit par vent fort, les bombardiers ont abordé leur cible perpendiculairement et les projectiles de ces 144 lourds quadrimoteurs ont touché de nombreuses habitations… Deux ans plus tard, en 1946, MM Thomas, Simon, Bordignon et Baltus, rescapés de ce déluge de feu, ont alors érigé ce mémorial dédié aux victimes de la catastrophe ». Grâce à feu Jacques Wynants, historien verviétois hélas aujourd’hui disparu, nous savons encore que quinze avions du raid meurtrier ont été abattus, surtout ceux de la seconde vague, accrochés par la chasse de nuit et la Flak. L’un de ces appareils n’est autre que le Halifax canadien (immatriculation QO-W) du Squadron 432. C’était là sa première mission. A 01 h 40 précises, quelques instants après avoir largué ses bombes, l’appareil est atteint par le Messerschmitt 110 chasseur de nuit piloté par le redoutable Hauptmann Heinz-Wolfgang Schnaufer, âgé de seulement 22 ans. C’est là sa 61e victoire (son tableau de chasse final se montera à 121 avions abattus, dont 114 quadrimoteurs !). Vers 01 h 50, le Halifax blessé explose au-dessus de Verviers, répandant ses morceaux et les corps de son équipage en plus de vingt-deux endroits, avec une sorte d’épicentre dans le jardin du home Saint-Joseph situé chaussée de Heusy. « Six semaines avant le débarquement en Normandie, ce bombardement allié a fait 66 tués, 10 disparus et 150 blessés à Montzen-gare, selon les rapports officiels des Allemands » devait encore préciser Mme la bourgmestre. « Les dégâts matériels furent eux aussi considérables avec 57 maisons totalement détruites, 71 gravement touchées, 277 partiellement atteintes et 410 personnes sans abris. Plusieurs fermes furent également victimes de ce bombardement, notamment à Wieveld-Hombourg où quasi toute une famille fut décimée ! En gare, mis à part deux cabines d’aiguillages, tous les bâtiments étaient par terre ou très endommagés tandis que 19 locomotives et 143 wagons ne pouvaient plus servir. Mais dans les jours qui suivirent les Allemands réquisitionnèrent 4000 hommes dont beaucoup de prisonniers de guerre pour déblayer les installations ferroviaires. Celles-ci furent rendues au trafic normal dès le 10 mai ! » Et de conclure, pleine d’espoir : « Osons nous rappeler que jamais ce territoire n’a connu tant d’années sans conflit. Puisse cette commémoration nous inciter encore aujourd’hui à bien mesurer la chance que nous avons depuis 75 ans de vivre dans un pays en paix. Arrêtons la construction de murs, physiques ou virtuels, et apprenons à vivre ensemble, dans le respect de nos différences… ».F.H.