Le dernier défenseur du fort n’est plus

Faute de place, nous n’avons pu évoquer le mois dernier la mémoire de celui qui fut le dernier survivant de la garnison du fort de Battice. Alors permettez-nous de revenir un instant sur le destin extraordinaire de cet homme qui, en mai 2018, assistait encore aux commémorations patriotiques sur le glacis de l’ouvrage bétonné. Louis Berlier, mécanicien de formation, était à peine âgé de vingt ans lorsqu’il fut incorporé, à l’aube du deuxième conflit mondial. A chaque fois que nous avons eu le bonheur de le rencontrer, il se délectait lorsqu’il pouvait nous décrire par force détails ce qu’il avait vécu… « Je suis rentré à l’armée le 31 janvier 1939. Et dès le mois de juillet de la même année, il y a eu la mobilisation générale de toutes les classes depuis 1936 pour faire face à ce qu’on a appelé par la suite la drôle de guerre. L’inactivité a cependant vite pesé. C’est entre autre pourquoi, le jour précédant la déclaration de guerre et l’invasion allemande, presque tout l’effectif du fort est parti à l’entraînement au tir près d’Elsenborn ! D’ailleurs, les camarades de la classe ‘38 ne sont jamais parvenus à rentrer, ils ont été fait prisonniers sur place et ne sont revenus qu’en 1945. Je me souviens du premier jour de la guerre. Au fort, nous n’étions que très peu. Le commandant a ordonné le premier tir est nous sommes montés à trois dans la coupole principale pour tirer sur les Allemands. Nous été surpris de devoir tirer car nous ne l’avions jamais fait… » explique-t-il, gestes à l’appui.

Après une résistance héroïque et la mort de plusieurs camarades, la reddition a obligé les survivants à marcher jusqu’à Maastricht pour être ensuite déportés vers l’Allemagne. « Une marche longue et éprouvante mais nous y allions de bon train » confirmait à l’époque l’ancien musiciens de la Clique de la Royale Garde St-Jean et aussi Citoyen d’Honneur de la ville de Herve depuis 2015. « On nous a ensuite entassé dans des wagons à bestiaux, en direction de l’Allemagne. Là-bas, cela ne s’est pas très bien passé, du moins au début. Ensuite, en tant que mécanicien, j’ai été orienté vers une usine où on fabriquait des canons. Je suis revenu en 1941. Pour reprendre les armes mais en tant que résistant armé cette fois, jusqu’à la libération… »

Dans le civil, Louis Berlier a dirigé un garage Renault situé entre Herve et Battice. Et ce jusqu’à l’âge d’une retraite bien mérité. « C’était une très gentille personne », confie volontiers notre collègue Serge Iserentant, ami proche de Louis Berlier. « Il a longtemps pratiqué le vélo, ce qui est sans doute la raison de sa longue vie. Il était très actif et il a conduit sa voiture jusqu’à un âge très avancé. Il participait également à toutes les commémorations, notamment au fort de Battice, ce qui est logique. C’est triste de voir partir cette personne amie de tous à Herve. Et ce d’autant plus qu’il est parti très rapidement des suites d’un cancer foudroyant. C’était quelqu’un de discret. Pas le genre à pousser les autres pour se placer au premier rang ».

À 99 ans, Louis Berlier, a donc livré son dernier combat et s’en est allé, discrètement comme à l’accoutumée. Il est ainsi parti rejoindre sa femme Rosa Randaxhe et laisse derrière lui une fille, Jeannine. Mais aussi beaucoup de jeunes générations qui, par ses témoignages poignants, se font désormais une idée bien plus précise des drames engendrés par la deuxième guerre mondiale et tous les conflits passés, présents ou, hélas, à venir. Un legs des plus précieux ! F.H.